C'est la conséquence directe de l'exil barçelonais de Manuel Valls. Les électeurs de la première circonscription de l'Essonne sont appelés aux urnes ce dimanche pour élire le successeur de l'ancien Premier ministre. Le scrutin de juin 2017 avait été bouillant. Manuel Valls avait battu sur le fil sa concurrente de La France insoumise Farida Amrani, sur fond d'accusations de fraude. 18 mois plus tard, la candidate LFI retente sa chance.
Son principal adversaire : le maire d'Evry Francis Chouat, candidat sans étiquette mais soutenu par La République en marche (LREM). Le bras droit historique de Manuel Valls a pris la tête d'un front hostile à LFI. Françis Chouat est en effet soutenu par les cinq autres maires de la circonscription. "C'est le rassemblement de tous ceux qui ne veulent pas des Insoumis", glisse au Figaro le maire de Corbeil Jean-Pierre Bechter. "Il y a un front démocratique contre la candidature populiste de Mme Amrani", confirme à l'AFP l'entourage de Francis Chouat.
La gauche divisée
Le parti Les Républicains n'a toutefois pas cédé aux sirènes du rassemblement. Jean-François Bayle, élu à Corbeil-Essonnes, portera les couleurs de LR dans ce scrutin. Il dénonce auprès du Figaro des pressions exercés "jusqu'au sommet" de LR pour qu'il renonce à sa candidature. "Cette union locale des maires est hors sujet, nous sommes dans une élection nationale", juge-t-il.
La gauche, elle, part divisée. Farida Amrani avait un temps espéré rassembler. Elle se retrouvera finalement dimanche face à l'écologiste Eva Sas pour le Parti socialiste et EELV, et au communiste Michel Nouaille pour le PCF et Génération(s). "J'étais prêt à être le suppléant d'Amrani! Mais elle n'a pas réussi à s'affranchir des chefs insoumis qui refusent le dialogue, c'est pour cette raison que Mélenchon n'est pas parvenu à bonifier son score à la présidentielle", indique Michel Nouaille à Libération.
Le scrutin aura valeur de test national. Pour LFI d'abord. L'élection intervient après l'épisode des perquisitions au siège de la France insoumise et au domicile de Jean-Luc Mélenchon, qui s'estime victime de "persécution politique". Plusieurs députés LFI se sont déplacés dans la circonscription ces dernières semaines. L'élection d'Amrani serait "un événement politique national" et ferait mentir "ceux qui croyaient qu'il suffisait de m'accabler, de me perquisitionner, m'humilier", a lancé jeudi Jean-Luc Mélenchon lors d'un meeting de soutien à Corbeil-Essonnes. Et d'ajouter: "Nous venons chercher ici le 18e député de La France insoumise (..) Nous en avons besoin (...) plutôt qu'un robot de plus de LREM".
L'enjeu de la participation
Le scrutin revêt également un enjeu pour l'exécutif. Le premier tour se tient au lendemain de la mobilisation des "gilets jaunes" contre la hausse du prix des carburants. LREM a remis cinq sièges en jeu lors d'élection législative partielles depuis juin 2017. Elle n'en a perdu que deux.
Contacté par l'AFP, le directeur adjoint de l'Ifop Frédéric Dabi évoque une élection à "multiples inconnues". "Toutes les enquêtes montent l'effondrement de Mélenchon" dans l'opinion publique, dit-il. Mais LFI peut espérer "capitaliser sur le mécontentement du gouvernement" et de Macron, qui a dévissé dans les sondages.
Sans effet Macron ou Mélenchon comme après la présidentielle de 2017, "le contexte n'est plus du tout le même" et l'enjeu principal sera de l'avis de tous la participation, traditionnellement très faible lors des élections partielles, et déjà basse dans cette circonscription populaire lors de la législative de 2017.
