Le récit des évènements se précise. Dans une conférence de presse, ce mardi, le procureur à la tête du parquet national antiterroriste, Jean-François Ricard, a reconstitué, minute par minute, l'attaque à l'arme blanche survenue vendredi devant les locaux de Charlie Hebdo. Et dévoilé plus d'informations sur l'identité de l'assaillant.

L'auteur a reconnu s'appeler Zaheer Hassan Mahmoud et être né au Pakistan en 1995 et non en 2002, après l'étude d'un document d'identité retrouvé sur son téléphone mobile (Seine-Saint-Denis) par les enquêteurs. Il aurait donc admis avoir 25 ans, et non 18 comme indiqué précédemment sur un autre document où figurait également le nom de Hassan Ali. "Le mise en cause était totalement inconnu de l'ensemble des services de renseignement", a précisé Jean-François Ricard. Zaheer Hassan Mahmoud avait quitté le Pakistan en mars 2018, avant d'arriver en France en août. Il avait été pris en charge par les services sociaux du Val-d'Oise, en tant que mineur non accompagné. Il était depuis suivi par le tribunal de Pontoise. Le jour de l'attaque, il avait un rendez-vous à la préfecture du Val-d'Oise afin de faire le point sur sa situation administrative.

Zaheer Hassan Mahmoud a été maintenu en détention provisoire à l'issue de sa garde à vue. Il sera présenté cet après-midi à un juge d'instruction. L'enquête porte sur une "tentative d'assassinat en relation avec une entreprise terroriste", ainsi qu'une "association de malfaiteurs terroriste à caractère criminel", a indiqué Jean-François Ricard, pour qui les "circonstances du projet" ainsi que la participation d'éventuels soutiens restent à déterminer. Cinq personnes de son entourage, également interrogées, ont été remises en liberté sans charges retenues contre elles.

Une scène de "15 à 20 secondes"

À 11h33, vendredi, un homme identifiable à la couleur rouge de ses baskets passe devant les anciens locaux de l'hebdomadaire Charlie Hebdo, situés rue Nicolas-Appert, dans le 11e arrondissement de Paris. Il y croise deux personnes, un homme et une femme, qui se trouvent devant le bâtiment, à fumer une cigarette. Il s'agit en réalité d'employés de l'agence de production Premières lignes. L'assaillant fait volte-face, et attaque les deux employés au hachoir, qu'il vient de sortir de son sac à dos.

La scène, filmée par une caméra de surveillance, dure "15 à 20 secondes", raconte Jean-François Ricard. Elle est d'une rare violence. La femme visée par les coups s'en tire avec des plaies et des fractures au visage, l'homme, quant à lui, écope de 3 mois d'ITT en raison de fractures au crâne, il est toujours hospitalisé dans un état grave.

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Interpellé à 12h35 à la station de métro Bastille, après avoir pris la ligne 5 en direction de la Place d'Italie, le suspect d'origine pakistanaise a vite reconnu les faits. Les différentes constatations sur le lieu de l'attaque ainsi que les perquisitions menées à son ancien et son nouveau domicile ont permis de préciser ses motivations.

Brûler Charlie Hebdo

Sur les lieux de l'attaque, les enquêteurs ont mis la main sur un sac avec "deux bouteilles de white-spirit", ainsi qu'un "marteau", ou encore "un billet de train Annecy-Paris". L'assaillant "voulait s'en prendre à Charlie Hebdo", a assuré Jean-François Martin. Ce dernier "dit avoir procédé à des repérages les 18, 22 et 24 septembre dernier". Des éléments corroborés par les analyses de son téléphone portable.

"Son projet initial était d'entrer dans les locaux de Charlie Hebdo, avec l'aide du marteau, puis de les incendier grâce au white-spirit", a détaillé le procureur. L'homme ignorait cependant que l'hebdomadaire avait déménagé depuis les attentats de janvier 2015. "En apercevant les victimes, il a pensé qu'ils travaillent pour le journal satirique et a choisi de les attaquer."

"Je vais me révolter contre ça"

Si Zaheer Hassan Mahmoud n'a prêté "aucune allégeance à un groupe terroriste en particulier", selon Jean-François Ricard, l'analyse de ses téléphones portables retrouvés dans un appartement de Pantin (Seine-Saint-Denis) où il vivait, indique qu'il "regardait des vidéos du fondateur du TLP (Tehreek-e-Labbaik Pakistan), qui a organisé au Pakistan des manifestations suite à la publication de nouvelles caricatures [de Mahomet] dans Charlie Hebdo".

L'assaillant s'est également filmé, en Ourdou, justifiant son geste à venir par la publication desdites caricatures par l'hebdomadaire satirique, dans le contexte du procès des attentats de janvier 2015 qui a lieu actuellement, à Paris. "Le 25 septembre, je vais aller me révolter contre ça", aurait-il annoncé, dans des propos saccadés par les pleurs et des évocations religieuses.