La symbolique est forte, et l'évènement fait resurgir des souvenirs douloureux. Deux personnes ont été blessées à l'arme blanche à Paris vendredi, à proximité directe des anciens locaux du journal Charlie Hebdo, alors même que le procès des attentats meurtriers qui l'avaient notamment visé en janvier 2015 se tient actuellement. Deux suspects ont été interpellés, leur profil n'est pas établi ni leurs liens entre eux. Mais dans l'après-midi et quelque temps après l'évènement, le Premier ministre Jean Castex a affirmé sa "volonté résolue, par tous les moyens, de lutter contre le terrorisme", alors qu'il s'était rendu sur les lieux.

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Le journal iconoclaste reste une cible. Le 11 septembre, autre jour symbolique, et dernier jour de la première semaine du procès des attentats de Charlie Hebdo, Al-Qaida a publié de nouvelles menaces à destination du journal satirique. La menace terroriste, plus globalement reste forte. "Tous les professionnels qui travaillent sur les questions terroristes n'ont jamais baissé la garde en matière de risque. Cette menace reste prégnante et importante", souligne Sébastien Pietrasanta, ancien député PS spécialisé sur les questions terroristes et président de Pietra Consulting.

"Une menace de long terme"

Vendredi après midi, le parquet national antiterroriste (Pnat) s'est saisi de l'affaire. Une formalité en raison des "indices concordants", selon Sébastien Pietrasanta, qui rapprochent cette attaque d'un acte terroriste. "Le lieu est évidemment symbolique et l'utilisation d'une arme blanche est un mode opératoire qui est connu et encouragé par les groupes terroristes". Toutefois, Sébastien Pietrasanta se montre prudent : "Tout cela n'en fait pas un acte terroriste, on en saura plus à travers le ou les profils des suspects ou si on assiste à des actes de revendication ou d'allégeance à un groupe". Le Pnat peut encore, rappelle-t-il, confirmer ou infirmer la nature terroriste d'une telle attaque.

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Si les dernières années ont pu laisser croire à une diminution de l'intensité de cette menace, ce n'est qu'une impression trompeuse. Patron du Raid au moment des attentats de janvier 2015 et député LREM de Seine-et-Marne, Jean-Michel Fauvergue estime de son côté que cette attaque "rappelle que la France est toujours visée, comme de nombreux pays". "C'est une menace de long terme, évolutive, avec des possibilités d'attentats internes, c'est-à-dire avec des gens issus de notre société et de notre pays", assure-t-il.

Des menaces prises au sérieux

Selon lui, la France n'est "pas protégée face à une attaque menée par une personne qui a un problème psychologique ou de violence et qui, du jour au lendemain va passer à l'acte à cause d'un déclic, en prenant la première arme à sa portée". "Comment peut-on prévenir cela, dans quel pays peut-on prévenir un tel type d'attaque ? Aujourd'hui, on travaille mieux, en amont sur les réseaux qui se sont créés, mais aussi en faisant des interpellations avant des passages à l'acte. On a fait beaucoup mais sur ce type d'acte, c'est relativement inéluctable", souffle-t-il.

Le 11 septembre, Al-Qaida, dans ses menaces contre Charlie Hebdo, annonçait que la tuerie survenue dans les locaux de la rédaction du journal "n'était pas un incident ponctuel". "Si votre liberté d'expression ne respecte aucune limite, préparez-vous à vous confronter à la liberté de nos actions", prévenait le groupe terroriste. "La réouverture du procès et la réitération des menaces d'Al-Qaida font qu'il y avait une tension particulière en ce moment sur Charlie Hebdo, et ces menaces étaient bien prises au sérieux", assure Sébastien Pietrasanta.

Vendredi, Charlie Hebdo a apporté son soutien aux victimes de l'attaque près de ses anciens locaux, notamment ses "anciens voisins et confrères" de la société de production Premières Lignes, dont deux employés ont été blessés à l'arme blanche.