Dans cette banque, pas de crédit à contracter, seulement des signatures à récupérer. François Bayrou tend la main à certains candidats à l'élection présidentielle qui peinent à atteindre les 500 parrainages d'élus, condition nécessaire pour prétendre à l'Elysée. Jeudi, le président du MoDem a annoncé la création d'une "banque de parrainages démocratiques", son parti ayant confirmé la veille avoir constitué une réserve de "200 à 300" parrainages d'élus. La plateforme, nommée notredemocratie.fr, permet que "les maires se regroupent et se répartissent les signatures" pour parrainer des candidats. Mais tous ne peuvent y prétendre : ils doivent "atteindre 10 % dans les sondages", ce qui représente environ "quatre millions d'intentions de vote", conditionne le Haut-commissaire au plan.

Coup de pouce pour Mélenchon, Le Pen et Zemmour

"Est-ce que des candidats qui sont à ce niveau-là peuvent être écartés de l'élection par le mécanisme des parrainages ?", s'est interrogé François Bayrou sur BFMTV. "Je ne suis pas de l'avis politique de Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen et d'Eric Zemmour, mais je trouverais anormal, et même scandaleux, qu'ils ne puissent pas se présenter [...] Je ne peux pas supporter que la démocratie soit ainsi déséquilibrée, déstabilisée", a-t-il poursuivi, insistant sur le côté transpartisan de l'initiative.

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Citer ces trois candidats ne doit rien au hasard. Tous sont projetés au-dessus de la barre des 10% d'intentions de vote et seraient ainsi éligibles à la "banque de parrainages". Dans le dernier sondage Elabe pour L'Express et BFM TV, publié mercredi, Marine Le Pen (RN) se situe à 15,5%, Eric Zemmour (Reconquêtes) à 13% et Jean-Luc Mélenchon (La France Insoumise) à 10%. Et tous ont fait part de difficultés sur le terrain, ces dernières semaines, à obtenir les signatures d'élus pour valider leur candidature. Selon le dernier bilan du Conseil constitutionnel mis à jour le jeudi, Marine Le Pen en déclare 274, Jean-Luc Mélenchon 258 et Eric Zemmour 181.

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"Ils n'ont pas le droit de faire ça"

Les réactions à l'ouverture de cette "réserve" de parrainages sont mitigées. Et dépendent évidemment de quel côté des 10% se trouvent ceux qui en parlent. Au centre : Aurore Bergé, députée LREM des Yvelines, qui a accordé son parrainage au président et pas encore candidat Emmanuel Macron (il en affiche déjà 1050), a estimé que "si les maires ne souhaitent pas donner ces parrainages, il faut peut-être s'interroger sur la légitimité de ces candidatures". Au-dessus des 10 % : Marine Le Pen a salué, jeudi soir dans Nice Matin, "l'esprit démocratique" de François Bayrou, même s'il est "un adversaire politique". Philippe Olivier, député européen RN, apprécie "une initiative qui honore son auteur. François Bayrou aura été la seule personnalité de la Macronie à percevoir l'urgence de revivifier la démocratie", dit-il sur Twitter.

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En dessous des 10 % : Philippe Poutou, candidat du NPA (Nouveau parti anticapitaliste) n'est "pas rassuré" pour l'obtention de ses parrainages (146 pour le moment) et dénonce la création d'une telle "banque". "Ils n'ont pas le droit de faire ça. Ça n'a rien à voir avec les sondages, ça n'a rien à voir avec les scores qu'on peut faire, et là on est sur des consignes de parrainage", a-t-il déploré vendredi, sur RMC. Le conseiller municipal de Bordeaux critique un "côté antidémocratique qui est de plus en plus assumé : l'élection doit se faire entre les grosses écuries, entre celles et ceux qui sont favoris dans les sondages et puis les petits ne comptent plus [...]. C'est un problème politique". Son de cloche similaire du côté du souverainiste Nicolas Dupont-Aignan. Le président de Debout la France compte 280 parrainages enregistrés par le Conseil constitutionnel, mais assure qu'il ne lui en manque plus que 30. Selon lui, le Haut-commissaire au plan a "enfin compris qu'il y avait un problème". Mais Nicolas Dupont-Aignan se demande "au nom de quoi c'est la majorité qui va choisir ses opposants", jugeant cela "extravagant".

Jadot, Roussel et Taubira pas dans les critères

En cas de difficulté dans l'obtention des 500 parrainages, Yannick Jadot (EELV), Fabien Roussel (PC) ou Christiane Taubira (PRG-PS), qui comptent respectivement 4,5%, 4% et 3,5% des intentions de vote dans le dernier sondage Elabe, ne pourraient pas profiter de la "banque de parrainages" du MoDem. Pour l'heure, seuls trois candidats - ou presque candidat - ont réuni les signatures nécessaires : Valérie Pécresse (LR, 1249), Emmanuel Macron et Anne Hidalgo (PS, 790). Les quelque 42 000 élus habilités à accorder leur parrainage ont jusqu'au vendredi 4 mars, 18 heures, pour faire parvenir leur signature par voie postale au Conseil constitutionnel.