Budapest, le 23 septembre. Répondant à l'invitation du très conservateur Premier ministre hongrois Viktor Orban, Marion Maréchal intervient dans une conférence sur la démographie. Devant une assemblée nationaliste enthousiaste, elle prend la parole pour évoquer la famille comme "cellule de base de la société". Et conclut son discours de cette façon : "Si la famille n'est pas défendue, il n'est pas impossible que la France devienne une République islamique." Une petite musique qui résonne familièrement aux oreilles de ceux qui auraient suivi les dernières aventures d'Eric Zemmour. Le polémiste, candidat putatif à la présidentielle, ne se lasse pas d'alerter dans les médias sur le danger de "l'islamisation de la société".
C'est peut-être un détail pour vous. Mais il est des duos politiques qui suscitent, plus que de raison, le fantasme des militants. Celui d'Eric Zemmour et Marion Maréchal en fait partie et tout clin d'oeil est sujet à interprétation. Figures de la droite identitaire française, ils cristallisent les attentes de ceux qui rêvent d'investir l'espace entre le Rassemblement national et Les Républicains. Alors, dès que les velléités présidentielles d'Eric Zemmour ont été révélées, les soutiens de Marion Maréchal ont levé l'oreille. Au mois d'août, un proche de l'ex-députée frontiste se frottait les mains : "La question n'est pas de savoir si elle va jouer un rôle dans la candidature, mais quel rôle elle va jouer, et j'ai hâte de voir ça."
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Car de ce côté de l'échiquier politique, tous se connaissent et se côtoient. C'est un petit milieu dont les frontières sont poreuses. Il y a quelques mois, Eric Zemmour, sa conseillère Sarah Knafo, Marion Maréchal et son cercle rapproché, se sont d'ailleurs réunis pour évoquer l'éventualité d'une candidature du polémiste. Depuis, les rendez-vous se sont multipliés, et l'ancienne députée frontiste discute régulièrement avec l'énarque qui conseille Eric Zemmour. "Sarah est une amie. On se voit régulièrement, on en parle, je ne m'en cache absolument pas, mais je ne suis pas impliquée structurellement dans cette campagne", assure la nièce de Marine Le Pen. "Elle ne veut pas soutenir une candidature de témoignage, croit savoir un compagnon de route. Elle attend qu'il se déclare, et de voir si les sondages à plus de 10% tiennent dans le temps."
Ce n'est pas le cas de son entourage, dont une bonne partie gravite dans la sphère d'Eric Zemmour. C'est le cas notamment d'Erik Tegner, militant de l'union des droites et créateur du média Livre Noir, de Jacques de Guillebon, ami de Marion Maréchal et organisateur de la Convention de la droite, à laquelle a participé le polémiste. "Pour les proches de Marion, Zemmour est le bâton de dynamite à placer sous le siège de la droite et du RN. Il va finir de fracturer la droite et d'enterrer le RN, et laisser un boulevard à Marion", analyse un observateur. Côté Zemmour aussi, on rêve de la prise de guerre que symboliserait le soutien de Marion Maréchal. "Un positionnement serait le bienvenu, surtout si ça peut faire chier le RN", s'amuse un membre de l'équipe du polémiste.
D'autant que sur le fond, ce n'est pas un secret, le polémiste et l'ex-députée sont sur la même longueur d'onde. "Ils sont compatibles à 99% sur les idées", assure Jacques de Guillebon. Marion Maréchal elle-même ne nie pas une proximité idéologique. "Nous avons des points de convergence certains, sur la question de l'identité notamment", reconnaît-elle. C'est d'ailleurs elle qui est à l'origine de leur première rencontre. Alors qu'elle était encore députée, elle lui avait proposé un café, et les personnalités avaient accroché. "C'est quelqu'un de stimulant intellectuellement, qui détonne dans le paysage politique par sa culture et sa répartie", assure-t-elle.
La participation commune à cette conférence hongroise n'est pas anodine. "Evidemment, rien n'est innocent. C'est un marqueur idéologique, un clin d'oeil", commente Arnaud Stephan, ancien conseiller de Marion Maréchal. De là à assurer son soutien à Eric Zemmour ? "C'est délicat, répond l'intéressée. D'abord, je ne veux pas prendre en otage mes étudiants de l'ISSEP (l'école qu'elle a créée avec Thibaud Monnier, NDLR), et puis je n'ai pas envie de nuire à la campagne de Marine Le Pen". Mais elle le reconnaît : "Evidemment que tout cela m'intéresse, et que je ressens parfois de la frustration. Mais il est plus sage de ne pas s'embarquer dans ce qui serait pour moi un aller sans retour."
"Elle a le sens de la famille, et ne peut pas trahir Marine Le Pen de cette manière", détaille un de ses proches. Et d'ajouter, cynique : "Objectivement, Zemmour est la meilleure chose qui pouvait lui arriver, parce que quelqu'un va butter sa tante à sa place." Pour l'heure, Marion Maréchal sirote son café sur les rives du Danube, et prépare son entretien avec Viktor Orban, prévu dans quelques heures. Un tête-à-tête à laquelle sa tante n'a jamais eu droit, mais qu'Eric Zemmour pourra lui aussi expérimenter ce samedi. Ou comment la droite "hors les murs" française traverse les frontières.
