On le savait: qu'on l'applaudisse ou qu'on l'en blâme, le fondateur de l'Université populaire de Caen a, d'ores et déjà, tiré un trait désolé sur l'aventure de l'Occident: à en croire son avant-dernier ouvrage, Décadence, l'Europe, comme figure spirituelle dessinant le finistère du continent asiatique, est en bout de course. Et vouée à se déliter inexorablement.
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On découvre, avec ce vigoureux (et brillant) Décoloniser les provinces, dont nous publions les extraits, un autre aspect de la pensée onfrayienne - un autre versant de son fatalisme métaphysique, appliqué à l'odyssée française.
La défaite du girondisme
L'enfant de Chambois (Orne) est certain, au point d'en être tranchant, que la Révolution française a fait prendre à la nation politique un mauvais embranchement, une direction fatale. En humiliant la voie libérale et décentralisatrice des Girondins, et en consacrant la voie hypercentralisatrice des Jacobins, elle a anémié, bafoué, bâillonné l'inépuisable créativité des régions. Castré les Français, en maniant l'intimidation robespierriste. De cette défaite du girondisme, qui éveilla, au mitan du XIXe siècle, la superbe amertume d'un Alphonse de Lamartine, auraient donc jailli toutes les calamités de la démocratie française.
Si, néanmoins, Décoloniser les provinces s'apprête à marquer les esprits, à susciter la polémique et à contraindre son auteur à préciser sa pensée sur tel ou tel point, c'est parce que cet essai, serré comme un expresso, cogite sur la corde raide du "tragique" et exhibe l'inconfort d'un intellectuel courtisé pour de mauvaises raisons par la droite, et protestant de son indéfectible ancrage dans une gauche historiquement minorisée, celle de Fourier et des libertaires. Décentralisateurs, évidemment!
