Les longues queues devant les laboratoires d'analyses médicales, visibles depuis quelques jours, étaient de mauvais augure. Mercredi 22 décembre, l'Espagne a officiellement reconnu être submergée par une sixième vague de Covid-19. Le président du gouvernement, le socialiste Pedro Sánchez, a annoncé le retour du port obligatoire du masque à l'extérieur, mesure qui avait été abandonnée le 28 juin dernier. Un décret-loi doit être adopté en ce sens en conseil des ministres dès le jeudi 23 décembre.
Les tests commencent à manquer
Le pays est pourtant, avec le Portugal, l'un des mieux vaccinés d'Europe, avec 91,8% des adultes ayant reçu au moins deux doses de sérum anti-Covid. Mais les chiffres de l'épidémie, comme ailleurs en Europe, s'envolent à leur tour dans la péninsule ibérique. Les kits de test commencent à manquer, mais l'on compte déjà 60 000 cas positifs détectés chaque jour, du jamais vu depuis le début de la pandémie. Le taux d'incidence tourne autour de 800 pour 100 000 habitants (en moyenne sur quatorze jours), un score 70% plus élevé que la semaine dernière. Cependant, les hospitalisations et les admissions en soins intensifs sont très inférieures à ce qu'elles étaient lors des vagues précédentes.

Nombre de cas quotidiens en Espagne.
© / Capture d'écran Our World in Data
Le domaine de la santé relevant de la compétence des régions autonomes, la prévention prend des formes diverses dans le pays. En Catalogne, des mesures de restriction sévères ont été prises en début de semaine, avec le retour du couvre-feu entre 1h et 6h du matin dans les communes de plus de 10 000 habitants enregistrant plus de 250 cas de Covid-19 pour 100 000 habitants, l'arrêt de tous les loisirs nocturnes (bars et boîtes de nuit), l'interdiction des rassemblements de plus de dix personnes en lieu clos, et un taux d'occupation des églises de 70% et des restaurants de 50% maximum.
Le gouvernement temporise
Le gouvernement de Barcelone aurait aimé voir ce dispositif généralisé à l'ensemble de l'Espagne. À l'issue de la réunion qui s'est tenue en vidéo, mercredi après-midi, entre Pedro Sánchez et les présidents de région, le chef de l'exécutif a toutefois préféré temporiser. "L'Espagne résiste et les familles vont pouvoir célébrer Noël comme prévu", a-t-il déclaré, conscient de la lassitude de la population qui se préparait jusqu'ici à passer en toute quiétude les fêtes de fin d'année. Informés de l'arrivée du variant Omicron, lequel représenterait la moitié des cas positifs, les Espagnols espèrent même pouvoir vivre sans entrave jusqu'à la célébration de l'Epiphanie, le 6 janvier. Une fête qui donne traditionnellement lieu, la veille au soir, à des rassemblements de foule dans la rue, pour assister à des défilés de chars.
La communauté autonome de Madrid, elle, est plus laxiste. Sa présidente Isabel Díaz Ayuso (Partido Popular, centre droit) affiche depuis des mois son opposition farouche à tout blocage de l'activité économique, au nom de la liberté des citoyens à se déplacer. Si cinq régions sur dix-sept s'y refusent encore, les douze autres imposent depuis début décembre le passe sanitaire à l'entrée des restaurants, des salles de sport et des hôpitaux.
L'armée en renfort
Pour l'heure, pas question d'envisager le moindre reconfinement. En revanche, le mot d'ordre national est d'accélérer la campagne de vaccination, avec le renfort de l'armée, là où le besoin s'en fera sentir. L'objectif du gouvernement est ambitieux : 80% des personnes âgées de 60 à 69 ans devront recevoir leur troisième injection d'ici au 31 décembre, 80% des 50 à 59 ans d'ici au 24 janvier, 80% des 40 à 49 ans d'ici à la première semaine de mars. À ce stade, les trois quarts des plus de 60 ans ont déjà reçu leur dose de rappel et la vaccination des enfants a bien démarré, puisque 13% des 5 à 11 ans ont reçu leur première dose en seulement quelques jours.
Pas de débat sur la vaccination
En Espagne, la vaccination ne fait guère débat et les appels des autorités à la prudence sont globalement respectés. Même chose au Portugal voisin, où le Premier ministre a prévenu mardi soir, dans une allocution télévisée, que les restrictions de déplacement prévues pour le début de janvier allaient finalement entrer en vigueur dès le 25 décembre : retour du télétravail obligatoire et fermeture des écoles et des crèches jusqu'au 10 janvier au moins. António Costa a appelé ses concitoyens à se faire tester le plus possible.
Comme en Italie, les voyageurs arrivant de l'étranger doivent de nouveau présenter un test PCR négatif à leur arrivée au Portugal, depuis début décembre. A ce jour, 89% des adultes portugais affichent un schéma vaccinal complet. Le taux d'incidence du Covid-19 est actuellement de 580 cas pour 100 000 habitants.
