"L'amour fougueux ". C'est avec son sens légendaire de la titraille que le magazine Paris Match a évoqué, l'an dernier, le mariage entre l'ancien Premier ministre Manuel Valls et la femme d'affaires Susana Gallardo. Si la presse people française en a d'abord fait ses choux gras, c'est au tour de la presse économique de s'intéresser à elle. A la suite d'une fronde d'actionnaires inédite dans l'Hexagone, la femme d'affaires espagnole a en effet rejoint le conseil de surveillance du leader mondial des centres commerciaux, Unibail-Rodamco-Westfield, comme administratrice indépendante.

Avec Xavier Niel, le fondateur d'Iliad (maison mère de Free), et l'ancien PDG d'Unibail, Léon Bressler, actionnaires minoritaires du groupe, elle a réussi à renverser les dirigeants en place, en menant notamment campagne contre leur volonté de procéder à une augmentation de capital de 3,5 milliards d'euros. Le patron Christophe Cuvillier sera remplacé au 1er janvier et Léon Bressler a décroché la présidence du conseil de surveillance, où il siégera donc aux côtés de Xavier Niel et de Susana Gallardo. De quoi apporter du sang neuf au champion tricolore, dont le cours de Bourse a chuté de 60 % à cause de la crise sanitaire.

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Une femme d'affaires reconnue en Espagne

"Le groupe Unibail a détruit beaucoup de valeur. Il peut désormais compter sur l'expertise financière de Susana et sa connaissance de l'immobilier", déclare Léon Bressler à L'Express. De fait, la Catalane de 56 ans est loin d'être une novice. Personnalité reconnue dans le monde des affaires espagnol, elle gère une holding familiale qui possède des hôtels, un laboratoire pharmaceutique et des hôpitaux. Elle a siégé au conseil d'administration de grands groupes comme la banque Caixa, l'opérateur de parkings Saba ou encore le concessionnaire Abertis, un leader mondial des autoroutes qui gère 8 600 kilomètres de voies dans 16 pays.

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Férue d'art et d'opéra, cette mère de trois enfants représente la troisième génération de la famille Gallardo. La dynastie est connue de l'autre côté des Pyrénées pour sa pépite Almirall Almirall, le laboratoire pharmaceutique fondé en 1943 par le grand-père Antonio Gallardo Carrera. Forte de son médicament antiallergique Ebastel ou de son best-seller Almax contre les brûlures d'estomac, l'entreprise dépasse aujourd'hui les 900 millions d'euros de chiffre d'affaires. Et, en près de quatre-vingts ans, l'empire des Gallardo s'est largement étendu. La famille a acquis Vithas, le deuxième groupe hospitalier d'Espagne, racheté la chaîne hôtelière Sercotel et monté la société d'investissement Goodgrower, spécialisée dans la santé. Sans oublier le family office Landon Grupo, qui gère les intérêts financiers de la famille Gallardo.

Une très discrète héritière

Susana aurait donc pu se cantonner à un destin de rentière, mais elle a toujours fait preuve d'une grande ambition. Du lycée européen Aula de Barcelone à l'école de commerce IESE, en passant par Oxford et l'école Polytechnique de la City of London, son parcours scolaire lui a ouvert grand les portes de la finance. Elle a ainsi commencé sa carrière comme trader en obligations avant de rejoindre le family office maison. "Elle fait partie des rares femmes en Espagne ayant accédé à des fonctions de hauts dirigeants, dans le sillage d'Ana Patricia Botin, la présidente exécutive de Santander", souligne Belén Marrón, professeure à l'EAE Business School.

La nouvelle administratrice d'Unibail-Rodamco-Westfield cultive la discrétion. Elle ne parle pas aux médias, et préfère les paysages sauvages de Minorque aux plages branchées d'Ibiza. Ce qui ne l'empêche pas de monter au front quand une cause lui tient à coeur. A l'approche du référendum de 2017 sur l'indépendance de la Catalogne, qui avait été déclaré illégal par Madrid, la femme d'affaires avait sillonné les rues de Barcelone recouverte d'un drapeau espagnol. "C'était gonflé, car ça pouvait nuire à ses intérêts économiques dans la région", relève Belén Marrón. Un tempérament de feu qui devrait lui être utile pour siéger au board d'Unibail en ces temps troublés.